"Têtes Brûlées" est une exposition qui chante.
description : 9 têtes de terre cuite disposées sur des
socles d'acier brossé. Les plus grandes mesurent 2m20, socle
compris.
Visages gothiques ou préhistoriques
sexuellement ambigus. Matière tendre à l'oeil, rêche au toucher.
Chaque "Tête Brûlée", creuse, reçoit un
système de haut-parleurs. Chacune a sa propre musique.
Qu'est-ce que la musique d'une tête ? aussi
élémentaire que le matériau utilisé pour la fabrication des têtes,
l'argile, la musique des "Têtes Brûlées" est faite de
souffles, de voix, de bruits naturels, eau, grillons, oiseaux. Mais son
élaboration, contrairement à la technique millénaire de la céramique,
fait intervenir les techniques les plus récentes de l'informatique et de
l'échantillonnage numérique.
C'est la voix,la parole, claire ou chuchotée, le
chant et le rire. C'est la respiration, le sang dans les artères, le vent
et l'eau. C'est la mémoire, la vision la méditation, la fièvre.
Les "Têtes Brûlées" se parlent à
elles-mêmes et entre elles. Les deux plus grosses sont
synchronisées, leur musique dure une vingtaine de minutes, en boucle.
Elles sont l'axe théâtral de l'installation. Ce sont les Reines, les
Druidesses.
Ce sont deux solistes. Leur posture hiératique et
immobile n'empêche pas l'échange intime de leurs musique intérieure. Échange
télépathique ou véhément.
Une cour de cinq "Têtes Brûlées" ponctuent
leurs interventions. C'est le Choeur. Sa musique, d'une quinzaine de
minutes, en boucle, ménage des silences, tisse des ambiances, va chercher
des événements dans la mémoire.
La différence de durée des deux boucles permet au Choeur
de se décaler progressivement par rapport aux Druidesses. Les rapports
entre eux sont constamment renouvelés.
Les réminiscences, les arrière-pensées ne nous
surprennent-elles pas lorsqu'on s'y attend le moins ?
Sur un socle parallélépipédique bas, légèrement à
part, deux "Têtes Brûlées" isolées commentent la scène à
voix basse. Ce sont "les Chuchoteuses", le recul de nous-mêmes
sur nos propres émotions, communications, surprises, passions et
souvenirs.
Dans le pire des cas, "les Chuchoteuses"
sont notre propre censure. Dans le meilleur, c'est l'humour.
les intentions : la sculpture est un art du temps
fixe, alors que la musique est un art du temps qui se déroule.
A chaque "Tête Brûlée" sa voix propre :
la sculpture matérialise l'espace, la musique le suggère. Ici les deux
arts sont, au sens propre, interactifs.
Nous invitons le spectateur-auditeur dans l'espace
d'une exposition, modelé par le temps d'un concert. Cet antagonisme
suscite chez le public des mouvements et des immobilités qui ne sont ni
exactement les immobilités d'un public de concert, ni exactement les
déplacements des visiteurs d'une exposition.
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